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Historique
Des camisards
à internet, texte de Monique et Pierre
Simonot
[…] Comme de nombreux villages des Boutières,
Gluiras présente des paysages très différents
selon l'altitudes, l'ubac ou l'adret, les
tendances climatiques ; des terrasses, ou
champs, construites de la main de l'homme
(que de trajets avec la besse ou le coulassou
! Quel travail le dos courbé sur le béchar…)
encore très visibles, parfois encore en
culture sur le versant de l'Eyrieux, parfois
hélas en cours de disparition ; des terrains
plus plats en gagnant de l'altitude apparentés
déjà au plateau. 4 % des terres restent
cultivées, 12 % constituent des pâtures,
30 % sont maintenant en landes, le reste
est planté d'arbres cultivés ou plus spontanés.
Ce paysage montre la déprise agricole contemporaine
; l'appartenance de la commune au Parc Naturel
des Monts d'Ardèche montre sa volonté d'entretien,
de gestion, de revitalisation de l'espace
tout en sauvegardant la pérennité des ressources
naturelles. Gluiras, situé à plus de 10
km des vallées et des voies modernes, a
su conserver son authenticité et la beauté
de son patrimoine bâti (public ou privé)
qui étonne par son homogénéité de pierres
rousses ou grises, ses huisseries aux teintes
naturelles ou se fondant dans le paysage
; il y a eu là la volonté de conserver cet
environnement exceptionnel. Mais la commune
actuelle, c'est aussi l'aboutissement d'une
longue histoire, complexe et mouvementée.
Moyen-âge : naissance du système féodal.
La communauté de " Gloyraz " sort de l'anonymat
en 1083 dans le cartulaire de Saint Barnard.
Mais la terminaison -az ou as- dérivée du
suffixe gaulois latinisé ancien. Selon Albin
Mazon, le premier Gluirassou connu serait
un Etienne dont le cartulaire de Saint-Chaffre
mentionne qu'il a donné en 1034 à cette
abbaye un domaine en échange d'un mulet
et de 125 sols valentinois. Ce marché approuvé
par l'évêque de Viviers et son neveu Guigues
de Montagut montre que se mettent alors
en place fiefs religieux et laïcs. Gluiras
conserve vivace le souvenir du Château de
Saint-Jean, pourtant détruit depuis longtemps.
Le système féodal tient à la fois de la
mosaïque et de la pyramide : des petits
seigneurs implantés localement prêtent hommage
à un suzerain plus puissant, en cascade.
L'organigramme est complexe, et évolue constamment
fiefs nobles et maisons fortes changent
de main au gré des alliances, le suzerain
peut donner une portion de ses possessions
en nouveau fief. Dans une structure qui
perdurera jusqu'à la Révolution, à côté
de familles anciennes apparaissent les capitaines-châtelains
du Coulet (où subsistent des tours dans
la partie encore en ruines), la seigneurie
de la Marette (dont un notaire royal, probablement
anobli est encore dit châtelain en 1694).
La terre seigneuriale de Gluiras (qui apparaît
déjà sous le vocable de Saint Apollinaire)
est cédée en 1259 à Aymar de Poitiers. Dans
la mouvance des comtes de Valentinois, elle
dépendra en son temps de Diane de Poitiers,
maîtresse du roi Henri II. Une partie du
fief est acquise en 1488 par Antoine de
Chambaud, seigneur de la Tourette. Ses successeurs,
devenus barons de Chalencon, devront attendre
1657 pour acquérir l'autre partie de la
paroisse. Celle-ci est déjà importante au
Moyen Age, puisque les Estimes de 1404 y
dénombre cent sept " feux " (statistique
approximative, un " feu " fiscal pouvant
correspondre à une veuve vivant seule comme
à une famille regroupant parents, enfants
et petits-enfants). Durant tout l'Ancien
Régime, Gluyras constituera un mandement,
ressort à la fois judiciaire et fiscal.
Des lieux-dits comme " la Grange " sont
enfin souvent le signe de la présence ancienne
d'exploitations agricoles seigneuriales,
souvent ecclésiastiques.
Un nouveau monde : la réforme.
C'est le protestantisme et son corollaire
la répression catholique qui vont véritablement
faire entrer Gluiras dans l'Histoire. On
connaît la progression rapide de la Réforme
en Vivarais (dès 1541 l'évêque de Viviers
s'alarme de l'importance de " l'hérésie
" dans son diocèse). A Gluiras, Samuel Mours
considère qu'une église réformée est " dressée
" dès 1560-1562, c'est à dire qu'une partie
importante de la population est gagnée et
que le culte y est déjà régulier. Contrairement
à d'autres régions (Etats allemands ou Navarre),
la Réforme n'est pas le fait du Prince ou
des nobles, mais se révèle, d'emblée, ce
qu'elle restera : un mouvement populaire
et rural, même si notables locaux, artisans
et nobles n'y sont pas étrangers. Emmanuel
Le Roy Ladurie a bien montré les facteurs
de progression de la Réforme en Languedoc
: besoin très tôt exprimé d'un retour aux
valeurs évangéliques que méconnaît le clergé,
pénétration du français, et dans une certaine
mesure de l'imprimé, suivant le sillon rhodanien,
réaction sociale et économique contre les
richesses temporelles de l'Eglise (et Gluiras
est le siège d'un prieuré qui perçoit la
dîme…). Or il ne faut pas oublier que jusqu'au
XIXe siècle, au temps où piétons et muletiers
sillonnent voies de crêtes et chemins de
traverse, Gluiras est, paradoxalement moins
enclavé qu'à une époque où priorité est
donnée à la vitesse et au transport automobile
: c'est un carrefour (route de Privas à
Chalencon et Vernoux, route du plateau par
les crêtes), on vient à ses foires, les
Gluirassous vont en retour à des foires
parfois lointaines ; pèlerins, colporteurs,
prédicants (Chapel en 1560) parcourent en
tous sens la paroisse. Lorsqu'au moment
de la Révocation, l'intendant Basville construit
des routes pour ouvrir ce " pays impénétrable
", il pense aux attelages, aux soldats en
colonnes et à l'artillerie. Dès 1562, des
anciens ou des diacres de Gluiras sont présents
aux assemblées politiques qui se tiennent
à Rochemaure. En Vivarais comme ailleurs,
cette affirmation publique et la volonté
répressive de l'Eglise catholique et du
roi de France vont déclencher une longue
période de guerres. Si, à Gluiras, l'expression
" guerre de religion " semble dans la mémoire
collective évoquer plus la période camisarde
que les conflits du XVIe siècle, ceux-ci
la touchèrent directement : en 1592 par
exemple, une compagnie de Jacques de Chambaud,
gouverneur huguenot du Vivarais, est logée
et complète son effectif à Gluiras.
Répression et persistance de la foi réformée.
Durant le règne de Louis XIV, Gluiras, qui
compte 516 habitants en 1689, subit une
persécution croissante jusqu'à la révocation
de l'Edit de Nantes. De 1669 à 1683, à chaque
tentative de remettre en cause l'exercice
de la "Religion Prétendue Réformée", Gluiras
est classé dans les "Eglises maintenues".
En 1677, c'est même à Gluiras que le Synode
place, pour le protéger des poursuites,
Pierre Cotte, pasteur de Saint-Voy. En 1683,
suite à des intentions sans doute mal comprises
de Claude Brousson, les prêches en lieux
interdits se multiplient. Les habitants
de Gluiras sont signalés à Saint-Michel-de-Chabrillanoux.
L'exaspération face aux provocations et
aux vexations catholiques fait sortir les
fusils. Après le combat de l'Herbasse et
l'attaque de Chalencon, Isaac Homel se retire
à Gluiras où il pense être en sécurité dans
une population amie. Mais la force l'emporte
: en 1683 le temple de Gluiras est détruit.
En 1685, après l'Edit de Fontainebleau,
il n'y a plus de protestants. Gluyras, comme
tout le royaume, se partage en Anciens Catholiques
et Nouveaux Convertis. Provocation ? La
clé de voûte du porche de l'église porte
la date de 1685. Les évènements vont démentir
l'optimisme de Versailles.
Résister : le prophétisme et la révolte.
De la Révocation à 1709, Gluiras apparaît
constamment dans la chronique de la persistance
de la Foi réformée, de la répression et
de la révolte en Vivarais. Ne retenons que
quelques faits marquants. Suite à l'apparition
du phénomène du " prophétisme ", les assemblées
se multiplient, la répression s'accentue.
En février 1686, juste avant le massacre
bien connu du Serre de la Palle, c'est à
Gluiras que M. de Folleville, qui commande
une troupe d'infanterie régulière, de dragons
et de milices, commence son expédition punitive.
Logé à Saint-Martin-de-Cols, informé par
ses indicateurs et ses patrouilleurs, il
suit les " attroupements de malintentionnés
". Il massacre une quarantaine de personnes
au Fort Saint-Jean. Plus tard, Antoine Court
mentionne l'arrestation, le 16 septembre
1701, de Marie, dite la Boîteuse, née à
Gluiras, dans une assemblée aux environs
de Pranles. En 1704, c'est une véritable
insurrection camisarde qui débute à Gluiras.
Après l'échec d'une incursion de cavaliers
en Vivarais à partir de l'Uzègue, une centaine
de jeunes gens animés par Jean-Pierre Dortial,
Abraham Charmasson et Louis Mercier, attaquent
le presbytère de Gluiras dans la nuit de
18 au 19 février, tuent le curé et son vicaire,
incendient l'église. Le subdélégué Dumolard
alerte l'intendant Basville et le maréchal
de camp Julien qui commande les soldats
les plus proches. La poursuite des insurgés,
qui incendient d'autres églises, s'organise
et se termine par le combat de Franchassis
(Pranles) le 24 février. La répression est
féroce ; des troupes sont cantonnées aux
frais des communautés dans les paroisses
indociles (cent vingt soldats, dont les
Suisses du régiment de Courten, à Gluiras,
cent vingt autres à Léga (?), qui pourrait
bien se trouver également sur le territoire
de Gluiras, dominant l'Eyrieux et les passages
vers le Bas Vivarais). Les Nouveaux Convertis
doivent financer la reconstruction de l'église
et répondront sur leur vie de toute violence
contre un prêtre.
Le 15 juillet 1704 le Maréchal de camp Julien
écrit encore " Il y a toujours de détestables
dispositions dans l'esprit du peuple pour
la révolte '…) Cette paroisse Gluyras est
des plus maudites et des plus malintentionnées
de tout le Vivarais ". Le 20 juin 1706,
une patrouille surprend une assemblée dirigée
par Pierre Lascours dans le moulin de Chamanche
sur le Rioufol : une quinzaine de personnes
est arrêtée. En avril 1709 enfin, le chef
camisard Abraham Mazel tente une nouvelle
insurrection en Vivarais, plus organisée,
comptant sur une aide financière et militaire
des pays protestants, et ajoutant à la revendication
de liberté religieuse un appel à la révolte
contre les impôts nouveaux. Une fois encore,
Gluiras est au centre du dispositif militaire
: par précaution même les " Anciens Catholiques
" sont désarmés. Mazel est d'ailleurs en
contact avec un notable de la paroisse,
Jean-Jacques Chambon. Après la défaite,
c'est près de chez lui (au domaine qui porte
le même nom) que Mazel se réfugie avant
de gagner les Cévennes. En contact également
avec un autre chef camisard, Claris, Jean-Jacques
Chambon sera trahi par des papiers saisis
sur un compagnon de Mazel, jugé et exécuté
en 1710. Durant cette période, même les
faits divers sont prétexte à conflit religieux
: en 1694, Izabeau, fille de Durand Courtial,
le notaire royal de la Marette, disparaît.
Celui-ci accuse ses fermiers, Jacques Bonnet
et sa femme Marie Besson, d'enlèvement (il
semble plutôt s'agir d'une fugue, mais 8
lourdes condamnations sont prononcées).
Au cours de l'instruction il est noté :
" Ceux qui ont enlevé sa fille n'ont jamais
fait leur fonction de catholiques, au contraire
suivent des assemblées défendues et sont
les principaux autheurs de ceux qui s'assembles
dans ce pays avec des prédicateurs… ". Cela
a-t-il été étranger aux condamnations ?
On comprendra après de tels événements,
l'attachement des Gluirassous protestants
à leur foi, et qu'il ait fallu quelque temps
avant que les rapports entre catholiques
et protestants ne se normalisent… Il est
vrai qu'au milieu du XIXe siècle encore,
le curé de Gluiras Chanal proteste parce
que la commune entretient le " venin de
l'hérésie " en ouvrant aux protestants un
cimetière qu'il considère comme terre exclusivement
catholique.
XVIIIe siècle : la Révolution s'annonce.
Après 1715, Antoine Court, dont on connaît
les réticences à l'égard du " prophétisme
" et de la lutte armée, réorganise, aidé
de Pierre Durand, l'Église du " Désert ".
Les assemblées clandestines continuent :
1724 (une trentaine de personnes de Gluiras
et Saint-Christol sont arrêtées), 1739,
1744. Encore ne connaît-on souvent que celles
qui sont surprises et réprimées. Condamnés
à un double jeu, les " N.C " se réfugient
dans une piété familiale comme en témoigne
le livre de raison tenu par Jacques Delarbre
de 1739 à 1750.
Mais la communauté de Saint-Apollinaire
de Gluyras, suffisamment importante pour
être administrée par deux consuls (comme
Privas), connaît aussi les difficultés du
royaume. Le poids des impôts (seigneuriaux,
ecclésiastiques et royaux) est lourd. Déjà
en 1706 le collecteur désigné pour la section
de Saint-Martin est emprisonné pour un impayé
de 112 livres. En 1779, un habitant de Gluiras
est convoqué devant les juges de Chalencon
par le marquis de la Tourette pour un retard
d'impôts des années 1766-1768. En 1786,
la communauté doit 3 287 livres 19 sous
6 deniers d'impôts royaux, dont 435 livres
de dépenses militaires (le prix d'une journée
de travail est évaluée de 1 à 3 livres …).
A cela s'ajoutent intempéries, vent grêle,
en 1732, 1765, 1772. Seule lueur d'espoir
: en 1787, après l'Edit de Tolérance le
juge Barruel de Villeneuve-de-Berg vient
régulariser mariages et naissances célébrés
au Désert. Il est temps qu'en 1789 les trois
délégués de Gluiras portent les " doléances
" de la population à la Sénéchaussée de
Villeneuve-de-Berg en vue des Etats généraux.
A cette époque, Gluiras est la sixième communauté
du Vivarais (1680 habitants en 1790), devant
Privas.
Révolution et XIXe siècle : l'apogée.
Fait le plus important dû à la Révolution
à Gluiras : les protestants retrouvent une
existence légale (l'un deux, Jacques Delarbre,
sera maire durant toute la période révolutionnaire),
et bientôt leur liberté de culte. Gluiras
suit les événements. Le 19 juin 1793, un
certificat de civisme est signé entre autres
par les citoyens Delarbre, Marcesse et Vignal.
Le 19 germinal en II (8 avril 1794), la
cure est attribuée à la municipalité et
au comité de surveillance " pour y tenir
séance au lieu d'un méchant cabaret ". L'Eglise
devient Temple de la Raison où s'assemble
la société populaire. Pourtant, durant la
Révolution et l'Empire, des incidents émailleront
les opérations de conscription et de levée
en masse ; on peut comprendre les réticences
à voir partir la jeunesse de la commune.
Mais quand en 1795 un tumulte aux cris de
" Vive le Roi " perturbe une foire à Gluiras,
la municipalité s'empresse de dire aux autorités
que c'est le fait de jeunes gens extérieurs
à la commune. Essor démographique, culture
de toutes les terres disponibles, plein
développement du châtaignier et de la soie,
Gluiras connaît son apogée dès 1836 avec
3019 habitants. Les protestants retrouvent
un pasteur en 1819 et un temple en 1833.
A noter en 1851 la nette majorité donnée
par la section cantonale où vote Gluiras
à Cavaignac, considéré, bien qu'ayant réprimé
la Révolution de juin 1848, comme plus républicain
que Louis-Napoléon Bonaparte. La Troisième
République jusqu'à 1914 est encore une période
faste, même si la population commence à
baisser (la maladie de l'encre et le phylloxéra
frappent l'agriculture) : 2 243 habitants
en 1911. Albin Clauzel, maire de Gluiras,
est député de l'Ardèche de 1886 à 1893.
Outre celle du village, trois écoles sont
construites dans les hameaux de Plos, la
Fargatte et Mours. La saignée de 1914-1918,
sur laquelle on reviendra, sera terrible
pour Gluiras. Il est impossible que cette
histoire n'ait pas laissé des traces dans
ce qui fait aujourd'hui la commune de Gluiras.
Pendant deux siècles, ses habitants protestants
on été farouchement attachés à leur foi
et à tout ce qu'elle représentait d'innovation
et d'audace, et pourtant on les a poussés
par la répression à se méfier de ce qui
venait de l'extérieur, en particulier du
pouvoir central. Ses habitants catholiques
ont dû affronter les reproches adressés
à un clergé et à un pouvoir répressif dont
ils n'étaient pas toujours solidaires. C'est
dans ces conditions qu'à partir du XIXe
siècle, l'attachement à la République est
devenu une valeur permanente. Citons pour
terminer, la délibération du conseil municipal
du 25 août 1944, qui se réjouit de la libération
du village le 18 juin par les F.F.I, du
fait que trente-cinq jeunes de la commune,
majoritairement des hameaux, aient rejoint
le Maquis, et qui dénonce la barbarie des
bombardements des 17 et 18 juillet (deux
maisons détruites, église, temple et nombreuses
maisons endommagés).
Évolution démographique à l'époque contemporaine.
A la fin du XIXe siècle, avec Beauvène (qui
a fait partie de la commune jusqu'en 1924)
et les quartiers maintenant rattachés à
Saint-Sauveur-de-Montagut, Gluiras était
la plus grande commune rurale des Boutières.
Après une période d'expansion économique
et démographique maximale, la guerre de
1914-1918 décime la population : 96 morts.
Outre le chagrin des familles, ces pertes
privent la commune d'une jeunesse essentiellement
paysanne. Ce sont ses forces vives qui sont
touchées. En 1921, il n'y a déjà plus que
1 863 habitants. L'exode rural qui marque
la campagne française touche fortement Gluiras
; les jeunes partent en ville, attirés par
l'industrialisation ou le secteur tertiaire.
En 1954, Gluiras ne compte plus que 850
habitants. En 2002, avec 381 habitants,
la baisse démographique st stoppée mais
Gluiras a perdu 75 % de sa population en
un siècle. Une étude approfondie de la démographie
actuelle montre des caractères originaux
et des signes de vitalité encourageants.
Sur 381 habitants, il y a 203 hommes et
178 femmes, 13 personnes sont nées avant
1914 (dont 9 femmes), 246 habitants ont
moins de 60 ans. Sur 45 enfants de moins
de 12 ans, 15 sont Gluirassous de souche
(4 d'origine paysanne), 30 enfants ont des
parents non originaires de Gluiras, mais
vivant dans la commune. Lorsqu'on observe
la population active, on note son évolution
depuis 30 ans : les agriculteurs sont quatre
fois moins nombreux (tranche d'âge 18-60
ans), les ouvriers et les employés respectivement
cinq fois et deux fois plus nombreux. La
population est composée de Gluirassous de
souche dont les familles sont parfois très
anciennes (on retrouve des patronymes dans
les mêmes lieux aux XVIIe et XVIIIe siècles).
Mais il y a de plus en plus de " néo-ruraux
" qui, dans le mouvement actuel de retour
à la campagne, s'installent à Gluiras :
jeunes couples d'origine ardéchoise ou d'autres
régions, parfois attirés par une politique
active de la municipalité qui depuis 1977
n'a cessé de développer l'habitat locatif
(vingt trois logements créés), jeunes retraités
ardéchois ou résidents secondaires optant
définitivement pour Gluiras. Cette population
est en outre quantitativement variable ;
sur quatre cents constructions, deux cent
quinze sont des résidences secondaires où
se retrouvent dès les vacances familles
et amis, attirés depuis les années 70 par
l'authenticité et l'accueil de Gluiras.
Ils ont apporté à nouveau une ouverture
sur un monde extérieur différent dans une
commune éloignée des routes de vallées créées
au XIXe siècle et qui s'était un peu refermée
sur elle-même. Ce creuset de population,
avec une économie en pleine évolution, peut
peut-être expliquer des tensions (sensibles
aux dernières élections municipales) entre
d'une part, des Gluirassous de souche et
des néo-ruraux favorables à une transformation
dynamique, et d'autre part, des habitants
plus marqués, dans la période de mutation
actuelle, par un passéisme nostalgique.
Les lignes de partage ne sont pas seulement
entre la gauche et la droite, ou entre catholiques
et protestants ; la coupure est plus profonde
et plus diversifiée. Seul le constat du
dynamisme retrouvé à Gluiras pourra surmonter
ces différends déjà moins sensibles.
Tableau économique.
L'agriculture, qui a toujours joué un rôle
important à Gluiras, reste un secteur actif,
même si la commune a subi, comme toutes
les communes de montagne, une diminution
du nombre des exploitations agricoles :
trente deux en 1970, quinze en 2000 (dont
deux GAEC et un apiculteur), mais six agriculteurs
seulement ont moins de 60 ans. Les superficies
varient de 12 à 170 hectares, l'activité
agricole reste tournée vers les fruits et
légumes et de plus en plus vers l'élevage.
L'avenir reste difficile dans le cadre européen.
Primes et politiques municipales ont permis
un certain maintien. Les productions traditionnelles
de qualité, de plus en plus appréciées par
les consommateurs, sont-elles un espoir
pour l'agriculture de demain à Gluiras ?
Coupée de Beauvène en 1924, Gluiras a perdu
la majeure partie de son secteur industriel
textile. Restait le moulinage de Gratteloup,
seul mû par l'énergie hydraulique. Une usine
textile ouverte dans les années 30 au village,
après l'électrification, a fermé définitivement
ses portes en 1980, faisant alors douze
chômeurs. Du fait de sa situation, Gluiras
est plus une commune agricole et tertiaire
qu'industrielle. En revanche, l'artisanat
est important, surtout dans le secteur lié
à la construction (scierie, menuiserie,
entreprise de maçonnerie). Il y a même un
architecte… En ce qui concerne le commerce,
hormis les activités liées à l'accueil touristique,
seules subsistent l'épicerie-bar du village
et l'auberge gastronomique " le Relais de
Sully " (souvenir de l'ormeau célèbre planté
en 1610 et malheureusement disparu récemment
malgré les soins). Les achats drainent la
population vers Saint-Sauveur-de-Montagut,
le Cheylard ou Valence. Gluiras est devenue
une commune touristique : résidences secondaires,
gîtes, camping… Toute la commune est à découvrir
(château de Saint-Jean, point de vue de
Chalan, le Besset, hameaux accueillants).
Trois sentiers de randonnées sillonnent
la commune. La voie dite " romaine " parce
qu'ancienne, présente plusieurs tronçons
bien conservés entre la Chapelle, Chaillac
et la route d'Extrémianoux, qui montrent
qu'elle a certainement été aménagée au XVIIe-XVIIIe
siècles comme route militaire. Les témoignages
du passé historique partout vivant ne doivent
pas masquer le dynamisme retrouvé de la
commune, dont témoigne par exemple le projet
d'aménagement de l'Hermet en zone résidentielle
et artisanale. La vie de Gluiras, ce sont
également des services publics, l'école
à deux classes, la Poste, actuellement menacées,
pour la défense desquelles la population
sait se mobiliser et soutenir l'action municipale.
C'est aussi la Mairie, tous les jours au
service des habitants et un service d'aide
à domicile géré par l'UNRPA.
Culture et convivialité.
Gluiras a su conserver et développer une
vie associative, culturelle et religieuse
très riche. Les deux religions traditionnelles
restent fortement implantées. Beaucoup restent
catholiques ou protestants convaincus même
si comme partout un certain désintérêt religieux
se fait sentir. Les mariages mixtes ont
longtemps été difficiles, mais l'œcuménisme
progresse lentement. A noter en outre la
présence de darbystes et d'une église pentecôtiste
bien vivante. Les associations sont nombreuses
: chasseurs, pêcheurs, U.N.R.P.A, Comité
des fêtes, Gluiras-sou des écoles, Gluiras-Accueil,
les Gais Lurons de la Fargatte. Les fêtes
d'été, les lotos et le Festival d'Art d'automne
depuis 1986 (de réputation internationale)
sont autant de moments de convivialité réunissant
habitants permanents et résidents secondaires.
La richesse de la coopération intercommunale.
Depuis 2002, Gluiras fait partie, avec Saint-Pierreville,
Albon, Marcols-les-Eaux, Issamoulenc, Saint-Julien-du-Gua,
de la communauté des châtaigniers. Alain
Risson, Maire de Gluiras en a été élu président
par les délégués des conseils municipaux
concernés. Une nouvelle énergie doit naître
de cette volonté de vivre et d'agir ensemble.
Regarder l'avenir : Gluiras " Cyber commune
".
Mais l'audace de Gluiras, c'est surtout
son entrée de plain-pied dans les NTIC (nouvelles
technologies d'information et de communication),
dont l'intérêt n'est pas encore bien perçu
par tous, quoique peut-être mieux à Gluiras
qu'ailleurs. Dès 1983, le maire Alain Risson
voit tout le parti que l'on peut tirer alors
de l'existence du minitel. En 1988, l'association
07-63, créée à l'initiative de Gluiras,
a mis en place un réseau télématique (Mairietel)
dont bénéficient plus de 500 communes. Puis
arrive Internet. Le centre MediaG, créé
en 1998 répond à la volonté d'Alain Risson
et de son équipe de ne pas voir les nouvelles
technologies réservées à une minorité de
privilégiés, mais de les mettre démocratiquement
au service de toute la population, en créant
en plus des emplois.
C'est le sens également de l'importance
donnée à l'équipement informatique de l'école.
Au début du XXIe siècle, Gluiras est une
référence et un leader dont journaux, radios
et télévisions se sont fait les échos. Comme
président de l'association pour les e-procédures,
Alain Risson est même à l'origine des textes
créant et réglementant la " signature électronique
" reconnue comme moyen légal d'authentifier
un document. Le site Internet (www.gluiras.com)
fournit au monde entier des informations
sur cette petite commune ardéchoise et ouvre
l'accès à de nombreux services administratifs.
Animées par Alain Risson élu et réélu depuis
1977, les équipes municipales qui se sont
succédé ont à la fois défendu les acquis
et fait de la commune un pôle de convergence
de la modernité, sans que soit perdu de
vue le fait que, derrière les technologies,
il y a des hommes et des femmes qui se souviennent
que le passé leur a appris à ne pas renoncer.
Gluiras dans sa situation particulière,
saura-t-il faire face à une société de plus
en plus complexe ? Les Gluirassous, qui
aiment leur commune, feront-ils face comme
ils l'ont toujours fait dans le passé ?
Le XXIe siècle le dira.
(A suivre donc… plus tard)
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